HUGHES (R.)


HUGHES (R.)
HUGHES (R.)

HUGHES RICHARD (1900-1976)

Né à Weybridge, dans le Surrey, Richard Hughes a éprouvé très tôt une attirance profonde pour le pays de Galles où, plus tard, il s’installa définitivement. C’est une éducation traditionnelle que reçut le jeune Richard, d’abord à la célèbre école de Charterhouse où il fut le condisciple du poète Robert Graves, puis à Oxford. Hughes fut d’une précocité remarquable et, dans Confessio Juvenis (1926), il a livré au lecteur quelques joyaux poétiques de son jeune âge. À la différence de tant de ses camarades, il ne fut pas envoyé au front. Richard Hughes semble avoir durement ressenti le fossé qui le séparait de ceux qui avaient fait l’expérience du feu, notamment Robert Graves et Lawrence d’Arabie qu’il fréquenta à Oxford.

Dans le débat qui parcourt son œuvre de bout en bout, l’opposition entre la conscience du moi et le sens des autres, l’épreuve, le danger, la guerre jouent le rôle de révélateur. La carrière littéraire de Hughes tint, sinon par la quantité, du moins par l’intensité et la qualité, les promesses de son enfance précoce. Dans son théâtre de jeunesse (The Sisters Tragedy et A Comedy of Good and Evil ), on perçoit déjà une critique systématique des conventions éthiques qui, pour l’auteur, simplifient et faussent le débat fondamental entre les êtres.

Ce thème sera repris avec plus d’ampleur dans A High Wind in Jamaica , 1929 (Cyclone à la Jamaïque , 1958), roman auquel il commença à travailler dès 1925. Vivant désormais au pays de Galles, il y fit jouer plusieurs pièces, en particulier The Man Born to Be Hanged et Poor Man’s Inn qui portent sur des thèmes nationaux. Mais c’est par Cyclone à la Jamaïque que l’écrivain conquit définitivement le grand public (au moment de sa mort, plus de trois millions d’exemplaires avaient été vendus dans le monde entier). La critique accueillit l’ouvrage avec enthousiasme, mais elle fut parfois désorientée. En fait, si l’on se trouve dans la tradition des plus talentueux romans d’aventures mettant en scène des enfants (on pense à L’Île au trésor de Stevenson), cette histoire d’un groupe d’enfants capturés par des pirates se lit aussi comme un conte philosophique. Chacun des enfants voit à sa manière se recomposer les relations entre son moi et les autres; les conventions, les lois humaines, le sens de la justice, tout est, à un moment ou l’autre du récit, remis en question.

Sans rien perdre de leur fraîcheur ou de leur drôlerie, car Hughes est un délicat peintre de l’enfance, ces jeunes êtres sont comme façonnés à nouveau au creux de l’expérience et de la violence. Certains des rapports les plus rassurants se trouvent soudain inversés: pour les jeunes Bas-Thorton et Fernandez, les pirates sont loin d’incarner le mal absolu. Cette révision des frontières entre le bien et le mal se retrouvera plus tard dans l’œuvre de William Golding, notamment dans Lord of the Flies (Sa Majesté des mouches ). C’est à Conrad que l’on pense à la lecture du très beau roman de mer In Hazard , 1938 (Péril en mer , 1965). Le capitaine Edwards voit son navire, l’Archimède , pris dans un ouragan d’une violence inouïe, tandis qu’une partie de l’équipage se révolte à l’appel d’un agitateur chinois du nom de Ao Ling. Là encore, le péril affinera les personnalités et les deux antagonistes se révéleront d’une essence assez proche. Vingt trois ans séparent In Hazard de The Fox in the Attic , 1961 (Le Renard dans le grenier , 1963). Le récit s’ouvre sur un épisode tragique qui servira de pivot à l’histoire: la découverte d’une petite fille noyée. Pour le jeune Augustin, que nous suivons pas à pas, le destin semble un écheveau qu’il faut tenter de démêler; il y parvient avec difficulté et se trouve projeté dans les intrigues de l’Allemagne de 1923, où paraissent Hitler, et ses partisans, acteurs d’un cauchemar prophétique. The Fox in the Attic était conçu comme la première partie d’une fresque intitulée The Human Predicament , dont la seconde partie, The Wooden Shepherdess , parut en 1973. Dans cette œuvre au déroulement sinueux, on retrouve les personnages de la tragédie allemande. Chez Hughes, un élément nouveau entre en jeu: le mysticisme par lequel le moi s’efface en Dieu, auquel il oppose l’exaspération d’un moi forcené qui, chez Hitler, détruit tout sur son passage. Il semble que la place faite à l’expérience religieuse dans ce dernier roman ait été le reflet d’une évolution intérieure chez l’auteur.

Le style de Hughes est d’une grande sobriété, les passages descriptifs servent toujours de prolongement ou de complément à l’évocation de la personnalité humaine. Le lecteur se sent étrangement porté malgré l’absence de transitions et la succession parfois haletante de brefs chapitres. Peut-être pourrait-on résumer l’œuvre de Richard Hughes en citant cette phrase du Renard dans le grenier : «L’homme primitif se rend compte que la véritable frontière de son être n’est pas celle d’un petit fortin qui entourerait un moi unique, capable de perception et qui serait totalement séparé de son cadre. Il sait que l’être déborde toujours sur des régions de pénombre et c’est là l’emprise de celui qui perçoit sur ce qui est perçu.»

Encyclopédie Universelle. 2012.